Un compte-rendu de procès trouvé sur Internet.

"Dimanche 25, face au meeting de LePen une manifestation donne au centre ville des airs d'insurrection. Les poubelles brûlent, des barricades bloquent les charges, ça canarde dans tous les coins, lacrymaux et flashball dans un sens, canettes et caillasses de l'autre, presque 4 heures durant.

12 personnes sont interpellées le dimanche. 5 seront relâchées le lundi, 7 envoyées en cabane en attendant une comparution immédiate mercredi. En toute logique, ils auraient du être déférés le lundi mais les autorités ont préféré attendre la fin du délai légal de garde à vue et les mettre en dépôt à Seysses, histoire qu'ils passent au tribunal déjà détenus.

Mercredi 28, 14 h, l'entrée du palais de justice est filtrée par un cordon de gros flics. Quiconque à la gueule d'un manifestant ne passe pas le premier barrage et reste dehors sous la pluie, les caméras, les voitures. Dans le palais ça grouille de flicaille, ceux en uniforme et ceux informes de la BAC, certains avec les mêmes crêtes et les mêmes fringues que les inculpés. Deuxième barrage, la salle est soi-disant pleine, ne passent que les journalistes, les flics et certains avocats. Le procès commence avec ¾ d'heure de retard. Première charrette : deux femmes, un homme. Il passe en premier, un jeune prof de philo. Il a une aisance de parole et démonte certains arguments : Il n'était pas à la manif et passait là par hasard. On lui reproche des insultes du genre : C.R.S. fils de bourgeois, enculés. Mais lui sait que les agents de la force publique sont extraits des classes populaires et les seules manifs auxquelles il participent sont en soutient aux homos, alors des insultes homophobes ça ne peut pas être lui. Il a choisi son avocat.

Les deux filles passent ensemble, pourtant elles n'ont en commun que l'avocat commis d'office. La première, très marquée, cheveux rouge, blouson de cuir élimé, n'a pas passé la trentaine. Son arrestation musclée a été diffusée sur les ondes. Elle reconnaît le fait d'avoir lancé une canette. Son casier n'est pas vierge, cinq condamnations en son absence. Elle en est étonnée. Elle vit dans des squats "précaires". Ses condamnations viennent justement de là, atteinte à la propriété…
La deuxième est complètement ouf. Elle est très jeune, ses propos sont totalement incohérents. Elle savait même pas qu'il y avait une manif. Elle est accusée d'injures, de coups de pieds dans les boucliers et d'avoir jeter ses chaussures sur les flics. Ca, elle le reconnaît. Elle parle beaucoup, de tout et de n'importe quoi. Elle ne tient pas en place. Elle est évacuée de la salle à la demande du juge après avoir coupé la plaidoirie du procureur. Une petite nana hautaine, tranchante qui réclame à corps et à cris des peines de prison ferme. Elle demande six mois d'emprisonnement pour la "torturée du bocal", à titre exemplaire, pour faire rendre gorge à : " ce type de personne capable de provocations incessantes ". L'avocat commis d'office est atterré, même le juge des libertés qui décide de la mise en dépôt n'a pas pu la garder cinq minute dans son bureau et la décrit comme "atteinte de maladie mentale". Verdict : Trois mois avec sursis pour le jeune prof de philo, trois mois fermes pour la "zonarde" avec 2 ou 3 mois de sursis en plus, trois mois avec sursis pour la "folle".

Deuxième charrette : l'ouvrier militant, le punk des rues, le vieil arabe pochtron, le jeune étudiant. Deux sont installés face au juge. Cheveux ras, taille moyenne, sans signes particuliers, la trentaine, le premier peut ressembler à beaucoup de monde. Pourtant il a été reconnu formellement par deux flics. Il est accusé de violence à agents, aggravées par des jets de bouteilles. Il reconnaît être venu à la manif parce que les idées de LePen sont dangereuses mais il n'a pas participé aux échauffourées. Il a reculé quand ça chauffait, il s'est fait ramasser entre Wilson et la place du capitole, au hasard. Mais il a été reconnu, au commissariat, au milieu d'une dizaine de personnes (les flics de la bac sûrement) lors d'une confrontation avec les flics blessés. Le deuxième vient d'avoir 20ans, il vit depuis 5 ans à la rue. Il a une béquille suite à des problèmes de ligaments arrachés. Il est rasé sur les côtés donc petite crête, capuche noire, blouson sans manche de camouflage, jeans. Il a été ramassé place du Capitole alors qu'il tentait de se réfugier à l'hôtel Plaza. Il est accusé comme tous les autres de violences contre les forces de l'ordre. Beaucoup de flics le décrivent dans différentes déclarations, deux l'ont reconnu lors d'une confrontation (toujours au milieu d'autres personnes). Lui, il faisait la manche, il était pas à la manif, il a eu peur d'une charge, il a claudiqué (plus que couru) pour se protéger. La proc demande bien évidemment du ferme pour les deux. L'avocat, toujours le même commis d'office, tente de rappeler qu'il n'y a rien de réellement concret contre eux. Pas de flagrants délits, des policiers blessés les reconnaissent après coup. Le premier fait une formation qualifiante, elle est difficile à obtenir. S'il est incarcéré, il perdra cette formation, il a un casier judiciaire vierge. Pour le deuxième, il est ridicule d'affirmer qu'il a tapé sur des flics puis qu'il s'est enfui en courant, il a quand même les ligaments arrachés ! Il a un petit casier lié aux stupéfiants mais il a 20 ans et plein d'envies. Pourquoi l'incarcérer ?
Verdict : Trois mois fermes pour le futur ex-ouvrier avec quelques mois de sursis en plus. Six mois fermes pour le jeune punk des rues !

Viens le tour de l'arabe, il passe tout seul. On lui donnerai facilement la soixantaine mais non il n'a que 44 ans. On le croirait encore bourré. Lui, son histoire est simple. C'est un alcoolique. Il revenait d'un café de Saint-Aubin, il était complètement torché. Il a croisé la manif. Il s'est mis en avant, il a insulté les flics. Il a fini sa canette et l'a jeté au milieu. Il ne se rappelle pas de grand chose vu son état du moment mais il savait même pas qu'il y avait une manif. Pour la proc ; c'est clair il a eu 25 condamnations (bien sûr pour des délits mineurs : saoulerie, bagarres, petits vols.) il est au chômage, elle demande un an. L'avocat (toujours le même) rappelle qu'il reconnaît avoir jeté une canette mais elle n'a touché personne.
Verdict : neuf mois fermes pour l'arabe pochtron multirécidiviste !

Au tour du jeune étudiant. Avec sa tête très juvénile de grand duduche, il est accusé de caillassage. Il reconnaît avoir tellement bu la vielle qu'il était encore bourré le dimanche. Alors oui, il a jeté des choses mais non, pas des cailloux, des mottes de terre un peu dures qu'il a pris au pieds des arbres.
Verdict trois mois avec sursis pour l'étudiant, il pourra continuer à étudier en paix mais pas participer à d'autre manif signale le juge.


Une nouvelle charrette de trois détenus arrive, un seul est accusé d'avoir participé à la manif. La procureur jubile, c'est grâce à des films et des photos qu'il a été reconnu et arrêter le lendemain. Il vient directement du commissariat. Facile à reconnaître, il est jeune, rasé en dehors de mèches de cheveux qui retombent du sommet du crâne, façon ananas. Il est sdf, cela a été facile de le retrouver vu qu'il passe sa vie dans la rue.
Verdict : quatre mois fermes avec mandat de dépôt.

Ils ont tous acceptés d'être jugés immédiatement. Sur les huit, cinq dorment ce soir en taule. Personne n'a été relaxé, même pas la "folle". Le prof, l'étudiant et la "dégeantée" prennent trois mois de sursis. Celui qui morfle le plus c'est le vieil arabe qui n'a vraiment rien à voir : neuf mois, il ressortira l'hiver prochain s'il tient le coup de la cure de désintox forcée."