Depuis trois ans, nous avons reçu beaucoup de questions ou de remarques sur notre guide juridique.Nous publions ici quelques uns des mails les plus amusants qui nous sont parvenus.
Vous pouvez, dans la partie "commentaire" de cet article, nous donner votre propre avis sur le guide Face à la Police/Face à la justice



Jean-Claude L a écrit:

Je me pose simplement une question : pourquoi parler en des termes aussi provocants des policiers? Il y a d'autres termes que "flics" non?
Jean Claude L.

Réponse des rédacteurs du guide juridique
Monsieur,
Comme vous l'avez cependant certainement remarqué, notre guide s'adresse avant tout à ceux qui sont confrontés quotidiennement à l'ordinaire des procédures judiciaires et policières. Ces personnes ont plutôt pour usage d'appeler les fonctionnaires de police des "flics" (il existe également toute sorte d'autres termes), lesquels, en retour, les appellent rarement "monsieur" ou "madame", ne se privent pas de les tutoyer, et les traitent avec tout l'arbitraire dont leur fonction les rend capables.
Le terme de "flic" n'est donc pas utilisé, dans notre guide, avec une intention injurieuse ou provocatrice, mais bien plus dans l'idée de coller au plus près de la réalité du terrain, celle qui justement n'est jamais enseignée dans les manuels de droit : la réalité du maintien brutal, par la force, de l'oppression capitaliste.


L a écrit:

C'est une très bonne idée de faire un site expliquant le fonctionnement de la justice en France.
Votre site est très bien fait et surtout facile à comprendre.
Il est, de plus, très objectif sur les réalités du terrain. Etant moi-même un ''flic'' peu instruit, je retrouve mot pour mot dans votre site ce que je vis au quotidien.
Il est vrai que nous plaçons en garde à vue n'importe qui, n'importe quand. C'est un plaisir et cela nous apporte jouissance et satisfaction. Aussi, je connais beaucoup de collègues qui préfèrent passer 48h avec un délinquant plutôt qu'avec leur femme et leurs enfants. C'est monnaie courante chez les flics.
Allons, soyez un peu réalistes : il existe des abus, j'en conviens, mais pensez que les gens placés en garde à vue ne sont pas tous des ''gentils'' ayant commis une erreur passagère. Convenez également que mettre hors d'état de nuire certains personnages n'est pas néfaste à la société. Enfin, je constate que les victimes sont soulagées lorsque ceux qui leur ont causé un préjudice sont condamnés. Je ne vous souhaite pas d'être victimes de faits graves, mais peut être que cela vous ferai réfléchir.
Je conclurai en vous disant de continuer à diffuser ce genre d'informations qui, à mon avis, devraient être dispensées dés le lycée, voir le collège.
Mais ne sombrez pas dans le manichéisme ridicule du ''méchant flic'' contre le ''gentil citoyen''. Il y a des cons partout, c'est un fait qui ne pourra pas changer. Et si le Français ''moyen'' n'aime pas les flics, n'en soyez pas le porte parole. Je terminerai que le mot "flic" ne me semble pas péjoratif en général (je l'utilise pour moi même et je suis gendarme), mais il l'est de manière évidente à vous lire.
Cordialement, un flic qui est aussi un citoyen.
L.

Réponse des rédacteurs du guide juridique
Monsieur,
Le terme de "flic" est pour nous commode puisqu'il permet dans un langage courant de désigner aussi bien les policiers que les gendarmes, là ou il serait lourd ou redondant d'employer à chaque fois les deux termes.
Notre propos n'est pas d'être manichéens en disant que les flics sont ou bons, ou méchants. En fait, pour nous là n'est pas le problème. Nous décrivons un système tel qu'il fonctionne.
Le droit et la justice sont des instruments qui permettent à l'Etat de maintenir un ordre social inégalitaire. Les flics en sont les pions, et voilà tout : qu'un flic soit "bon" ou "mauvais", "sympa" ou "sadique" ne changera rien à ce rôle.



"Le chti" a écrit:

Bonjour,
Je suis gendarme retraité et quoique vous parliez essentiellement des "flics" et de commissariats, je considère que les gendarmes y sont assimilés.
Je reviens de votre site, je n'ai pas tout lu mais essentiellement ce qui concerne l'enquête policière :
Félicitations pour votre civisme, grâce à vous, quelques délinquants de plus pourront continuer à nuire et utiliser certaines astuces pour s'en tirer les cuisses propres .
J'espère que vous n'aurez pas à le regretter, c'est à dire que vous mêmes ou vos proches ne seraient jamais victime de ces délinquants. Si cela vous arrive, ce jour là il faudra éviter de déposer plainte afin que ces malheureux délinquants victimes de la société, de la justice et des abus policiers n'aient pas à en souffrir.
Pour clore, je suis quand même rassuré car bien que généralement précis, vos divers exposés présentent encore des erreurs qui laissent aux "flics" une bonne marge de manoeuvre; je vous laisse bien sûr le soin de chercher.
Cordialement quand même.
Le chti.


S a écrit:

Monsieur,
étant étudiante en droit et ayant pris le droit pénal en tant que matière approfondie, je me suis rendue sur votre site, afin d'obtenir quelques informations sur la garde à vue. J'ai été choquée du vocabulaire employé (flics, bouffe), et pense que même si ce document est clair et complet, il reste choquant dans le cadre d'un site juridique.
Cela peut vous paraître prétentieux, mais je sais que nos professeurs de droit ne se seraient jamais permis d'utiliser un tel vocabulaire, cela n'est en effet pas très professionnel
S

Réponse des rédacteurs du guide juridique
Mademoiselle,
Vous avez été "choquée" par le vocabulaire que nous employons, et vous nous expliquez que cela ne vous semble "pas très professionnel".
Sachez, mademoiselle, que vous avez parfaitement raison. Nous ne sommes pas, en effet, des professionnels du droit. Nous ne sommes ni juges, ni avocats, ni juristes, nous ne sommes que de simples quidams qui tentent de clarifier ce qui, à dessein, est maintenu obscur dans la rédaction des lois et des procédures.
Notre but est d'aider ceux qui comme nous peuvent se trouver, bien malgré eux, confrontés à la machine répressive policière et judiciaire à organiser une défense collective. Nous essayons de trouver et de partager les moyens de comprendre le langage du droit pour ne pas rester isolés face à la répression, pour nous permettre de choisir nous-même les axes de notre défense au lieu de se trouver obligés de s'en remettre entièrement à des gens comme vous, ceux qui sont ou se destinent à être des spécialistes de la loi.
C'est pour cette raison que nous utilisons ces termes ("flics", "bouffe") qui vous choquent tant : par ce que, délaissant le langage châtié des spécialistes, nous utilisons autant que possible celui de tous les jours. Nous écrivons comme nous parlons, et comme parlent aussi ceux qui, comme nous, sont susceptibles de se trouver confrontés non pas à la théorie du droit, non pas aux belles formules et au langage policé de vos professeurs, mais à sa triste réalité, à la taule, au mépris, à l'humiliation, aux coups dans la gueule, à tout ce que peuvent faire subir quotidiennement les flics, les juges et les matons.
Mais nous nous apercevons que nous avons encore utilisé des termes peu convenables, et que de nouveau vous pourriez bien être choquée. C'est que pour nous ce sont moins les mots que les faits qui comptent. Le fait par exemple que la justice ne traite jamais le notable comme l'immigré, le salarié bien inséré comme le bénéficiaire du RMI, le riche comme le pauvre. Le fait que la violence du flic, la morgue du juge et le sadisme du maton ne sont que les aspects successifs et complémentaires d'une même politique répressive dont l'objet ultime est le maintien d'un ordre social illégitime, fondé sur l'oppression capitaliste. Bref, tout ce que vos professeurs ne se permettraient certainement pas d'évoquer devant vous, tant cela dément la foireuse idéologie de l'égalité démocratique que le droit est supposé garantir.


André M. a écrit:

Bonjour
J'écris des romans et j'ai consulté de nombreux sites juridiques. Mais c'est le vôtre qui m'a paru le plus complet et surtout le plus clair! Merci
Amicalement
André M.


Carine M a écrit:
Bonjour,
Je viens de consulter votre site notamment pour avoir une synthèse de ce que la Loi PERBEN II a pu apporter - ou plutôt retrancher - aux droits du gardé à vue.
Tout d' abord, je me dois de vous indiquer que j'ai été agréablement surprise par la précision et la simplicité de vos informations, c'est très clair et fort bien fait (surtout le schéma "je sors de garde à vue").
Je ne devais donc pas vous écrire.
Mais ce qui m' a fait bondir est le laïus que vous faites sur l' avocat commis d'office intervenant en GAV.
1 - Un avocat est commis d' office si le Gardé à vue souhaite en rencontrer un et qu' il ne fait pas le choix d' un avocat en particulier (on n' a pas tous eu affaire à un avocat)
2 - L' avocat qui intervient d' office est en général volontaire pour le faire, et l'appât du gain n' est pas sa seule et unique motivation (loin de là pour la plupart de mes confrères)
3 - Il est FAUX de prétendre que l' avocat commis ne fait pas toujours un travail très soigné. C' est archi faux, il ne suffit pas d'être commis pour mal exercer et vice-versa.
Je veux par le présent mail tordre le cou à cette idée qui veut que plus l'avocat est cher, meilleur il est. Toute prestation ou intervention doit être dûment rétribuée et il est fréquent que lorsqu'il est commis l'avocat soit un jeune confrère. Par conséquent, il aura à coeur de bien faire certainement plus qu'un confrère bien payé et qui confiera le travail à un de ses.jeunes collaborateurs.
Attention, pas de méprises, je ne généralise rien, je voulais juste vous donner mon point de vue.
Cordialement et bravo pour votre site!
Carine M.

Réponse des rédacteurs du guide juridique
La phrase sur l'avocat en garde à vue, et en particulier l'expression "payés par l'Etat", peut en effet laisser penser que des avocats grassement payés feraient un meilleur travail. Ce n'est pas du tout ce que nous entendons dire. En fait, il s'agit surtout d'expliquer que l'avocat commis d'office (contrairement à celui qui accepte l'aide juridictionnelle, et qui est lui aussi "payé par l'Etat") n'est pas choisi par le gardé à vue, et que donc c'est une sorte de roulette russe. Certains peuvent avoir des conceptions différentes de celle du gardé à vue, en particulier si ce dernier entend être un acteur de sa défense et pas un simple jouet entre les mains des flics, juges et avocats.
Sur ce point, rien ne prouve qu'un commis d'office jouera le jeu (c'est encore plus vrai pour une comparution immédiate). Pour nous, un avocat qui "fait bien son boulot" c'est celui qui respecte les choix de son client, pas celui qui impose une ligne de défense qui correspond à son tempérament ou ses convictions.


Florentina M a écrit:

Bonjour,
Je vous écris au sujet du casier judiciaire. Je m'appelle Florentina N. et je suis de Roumanie. J'ai vécu pendant une période de neuf mois en France, à C. ou j'ai étudié a l'université.
Actuellement, je suis en Roumanie, j'ai déposé mon dossier pour immigrer au Québec et on me demande aussi le casier judiciaire de France.
Pouvez-vous me dire comment il faut procéder pour obtenir ce casier ?
J'ai demandé à l'Ambassade de France en Roumanie et ils m'ont donne votre adresse. Je vous remercie d'avance.
Florentina N.

Réponse des rédacteurs du guide juridique
Chère madame,
Nous vous répondons volontiers dans la limite de nos connaissances sur le casier judiciaire.
Sachez cependant que nous sommes assez amusés de voir l'ambassade de France vous communiquer notre adresse : nous ne sommes en effet absolument pas un site officiel du gouvernement français, bien au contraire...
Toute personne qui en fait la demande peut obtenir un extrait du bulletin N°3 la concernant, par internet ou par courrier : pour plus de renseignements connectez vous à l'adresse suivante: http://www.justice.gouv.fr/vosdroit/cerfa1.htm
C'est une adresse tout ce qu'il y a de plus officielle, dépendant du ministère de la justice.
Vous pouvez également envoyer un courrier au:
CASIER JUDICIAIRE NATIONAL
44079 NANTES CEDEX
FRANCE
A priori, une simple demande avec une photocopie d'un papier d'identité devrait suffire. La délivrance de l'extrait est gratuite mais peut-être qu'ils demandent de couvrir les frais d'envoi. Si la personne n'est pas née en France l'extrait peut comporter la mention "identité non vérifiable par le service". Cela devrait quand même suffire aux services de l'immigration du Québec...



Aurélien B a écrit:

Je vous ai effectivement écrit au sujet de votre guide, pour me plaindre de la substitution systématique du terme "flic" à celui de policier. Et je me suis aperçu que les récentes versions Internet (je suis un utilisateur habituel de votre travail) avaient maintenu cette mauvaise habitude. Même si j'aurais aimé disposer d'un support imprimé, je n'ai donc pas l'intention de vous financer.
Bien à vous,
Aurélien B.

Elisabeth a écrit:

Madame, Monsieur,
Je viens de surfer sur votre site et je suis très surprise de constater que lorsque vous parlez d'un fonctionnaire de police, vous utilisez le terme de "flic".
Je pense qu'employer un tel terme dans votre guide montre le peu de considérations que vous avez envers cette corporation et influence les gens qui vous lisent à penser comme vous.
Remarque faite à toute fin utile.
Cordialement.
Elisabeth


Céline C. a écrit:

Bonjour monsieur,
Je m'appelle Céline C. et suis actuellement en master 2 "pratiques pénales" à... Je vous écris car je suis en train de rédiger un mémoire sur la relation entre les médias et l'enquête de police. J'ai vu que vous aviez été invités au salon du livre de Chaville dont le thème était « Police/Justice/Médias: une relation impossible? ».
J'aurais voulu avoir votre avis sur les relations qu'entretiennent les journalistes et la police? Pensez-vous que la collaboration entre ces deux professions prend le dessus sur la compétition entre celles-ci? Quelle est votre position en ce qui concerne l'équilibre entre le secret professionnel et le secret de l'instruction? Comment faire pour qu'il y ait réellement équilibre et donc pour préserver ses deux principes et donc celui de la présomption d'innocence?
Je vous remercie par avance en attendant, je l'espère, votre réponse.
Cordialement.
Céline C.

Réponse des rédacteurs du guide juridique
Chère madame,
nous avons en effet été invités au salon de Chaville. Nous y avons distribué un texte, intitulé: "Justice-Police-Média, une relation très possible", ou, loin de voir une opposition entre médias et police, nous soulignons au contraire à quel point la propagande et la répression font bon ménage pour maintenir l'ordre social capitaliste. Quand aux principes dont vous nous demandez comment ils doivent, à notre avis, être préservés (présomption d'innocence, secret professionnel, secret de l'instruction), il s'agit, bien entendu, d'aimables foutaises que le pouvoir viole allégrement lui-même dès que tel est son interêt.
Il est vrai que votre satut d'étudiante en "pratiques pénales" à l'université de Montpellier ne vous a peut-être pas habituée à des positions aussi critiques vis à vis de ces grands "principes" du droit et de la presse. On ne doit pas voir les choses exactement de la même manière depuis le banc d'un amphi et depuis celui où on est menotté dans un commissariat. Néanmoins, ne voulant pas préjuger à priori de votre ouverture ou fermeture d'esprit, nous nous permettons de vous faire part du tract en question, qui est disponible sur notre blog à l'adresse suivante: http://www.actujuridique.com/index.php?2007/05/05/8-justice-police-medias-une-relation-tres-possible.
Vous pourrez faire de ce texte l'usage que vous jugerez bon, si, toutefois, un tel usage est seulement possible dans le cadre de vos études. En attendant, vous vous voudrez bien recevoir l'assurance de notre considération, qui, à défaut d'être distinguée (nous ne le sommes pas beaucoup nous-même), n'en est pas moins réelle.